|
Article réservé aux cadres de la maison Labeyrie
-réputation: l'impossible «dégooglisation»
Le web contient autant d'outils pour entretenir une image d'une
marque que pour détruire un individu. Or, la vraie dégooglisation n'existe pas :
les seules parades consistent à se jouer des moteurs de recherches pour
compenser temporairement les buzz malveillants.
Il y a des photos qu'on voudrait bien
dégoogliser (5ilv3f-flickr-cc)
La réputation sur Internet, c'est comme un visage : il y a
toujours une aspérité, un point noir, qu'on aimerait pouvoir gommer d'un simple
application de pommade ou d'un clic de souris. Ou carrément une énorme disgrâce
qu'on rêverait de supprimer définitivement, d'un coup de bistouri. Sur Internet,
cela s'appelle la « dégooglisation » :
« on raconte » que des entreprises, ou
même des particuliers, seraient en mesure, moyennant finances, de faire
disparaitre du web toutes les informations gênantes concernant une personne. Une
légende, en fait.
Frapper le mal à la source... « Quand une information est chargée sur Internet,
elle repose dans un serveur qui la garde en mémoire aussi longtemps qu'il
existe, explique une professionnelle du buzz marketing. Même si elle est modifiée ou effacée, l'information
envoyée à l'origine reste dans le « cache » de Google et du serveur. La seule
solution pour effacer totalement une info, c'est d'aller voir le programmateur
de chaque site et de le convaincre de la supprimer du serveur,
définitivement. » Sur le web, aucune info n'est perdue, effacée ou
supprimée, elle est simplement présente ou absente sur un serveur. Un exemple:
Piroska Nagy, l'experte du FMI avec qui Dominique Strauss-Kahn aurait eu une
liaison. Si [sa fiche de l'université du
Québéc]url:gas.ehess.fr/document.php?id=127 a été supprimée, on peut en revanche
retrouver [le portrait qui y était
présent]url:gas.ehess.fr/docannexe/image/127/img-1.jpg en cherchant dans Google
Images, preuve que le document « image » est resté dans le cache du moteur de
recherche.
Faire disparaître de la mémoire du web les photos d'une soirée
trop arrosée (ou pire), la trace de fréquentations peu reluisantes qui
pourraient dissuader une entreprise de vous embaucher revient en pratique à
supprimer, une à une, toutes les sources où l'on peut trouver cette information.
En pratique, il faut aller voir tous les témoins d'un certain événement et les
convaincre qu'il ne s'est pas passé comme ils ont cru (modifier l'information)
voire, de façon plus radicale, leur faire un lavage de cerveau pour oublier
définitivement l'anecdote fatale.
...éviter le buzz...
Certes, il existe bel et bien des entreprises chargées de veiller à la bonne
réputation sur Internet mais les tarifs sont largement assez prohibitifs pour
dissuader tout particulier de recourir à leurs talents : « pour un trimestre de travail pour lutter contre un
caillou dans la chaussure d'une entreprise, c'est 30.000€, évalue Xavier
Desfeuillets, consultant chez Hington Klarsey Ltd, entreprise leader sur le
marché de l'e-réputation. Mais on peut
monter jusqu'à 100.000€ pour trois mois de travail. » Pas vraiment le
genre de budget que l'on consacrerait à faire oublier une erreur de jeunesse.
Les services proposés par Hington Klarsey visent
principalement à contrer les campagnes de dénigrement que le web permet
d'organiser à grande vitesse et pour un faible coût contre une marque. « Avant, pour nuire à l'image d'une entreprise, on
pouvait faire fuiter des infos dans la presse, éditer des livres de
commande..., explique Xavier Desfeuillets. Mais avec les outils de propagation de l'info
disponibles sur Internet, quelques opinions de consommateur mécontents peuvent
faire un buzz considérable. »
La base des campagnes de
dénigrement, c'est le Search Engine Optimization (optimisation des moteurs de
recherches ou SEO) : en maîtrisant les bases des algorithmes qui déterminent la
place occupée par tel ou tel lien dans un moteur de recherche, des
programmateurs peuvent amener en première page de résultats de Google la plainte
d'un utilisateur mécontent posté sur un obscur forum de discussion, ce qui peut
être très préjudiciable pour l'entreprise. Une technique évidemment employée
entre concurrents d'un même secteur.
Mathieu valdis, star des cv vidéos
ridicules, n'a pas fini de faire rire sur le Net
Une entreprise du type d'Hington Klarsey peut alors mobiliser
une équipe mélangeant techniciens et juristes. Elle va alors chercher les sites
qui ont relayé l'information de façon automatique, généré des pages, « aspiré » l'info... faisant gonfler le buzz
et tenteront une médiation pour obtenir la suppression des liens et pages
concernés. S'il n'y a pas eu d'attaque virale, l'équipe aura pour mission
d'éviter qu'un mauvais buzz ne frappe la marque, au moment du lancement d'un
nouveau produit par exemple.
...ou juste être prévoyant !
Mais l'action de ces entreprises reste très mal vue sur la toile, notamment
depuis l'affaire Cortix à l'occasion de laquelle Hington Klarsey a obtenu du
Tribunal de grande instance de Paris la suspension pour un mois de la fiche Wikipedia de cette société de création de sites
Internet, qui mentionnait certaines techniques de vente controversées.
Dans les entreprises de gestion d'e-réputation comme dans la veille
marketing, on reconnaît qu'il ne sert à rien « d'effacer » une info : « si un employé dit sur un forum que la pression dans
son boulot va le pousser au suicide, l'entreprise ne doit pas effacer le
message, elle doit chercher ce qui ne va pas avec son employé », explique
une spécialiste du buzz marketing.
La plupart des entreprises optent donc pour deux méthodes
complémentaires. La première consiste tout bêtement à avoir une stratégie de
veille pour connaître son e-réputation, faire un bilan de celle-ci à un instant
donné et établir un projet de communication sur le web pour l'améliorer en se
concentrant sur ses faiblesses. Seul mot tabou pour les entreprises de
communication virale : le « baronnage »,
technique consistant à poster sous des faux noms de consommateurs des avis
positifs sur une marque. « Nous devons
améliorer l'avis du consommateur, pas en fabriquer un faux », argumente
un communicant web.
L'autre outil important, c'est la riposte : face à
un mouvement de consommateurs mécontents, « la
seule mesure à prendre est d'officialiser le problème et de l'expliquer
», juge Xavier Desfeuillets, d'Hington Klarsey. En la matière, le
constructeur informatique Dell a fortement marqué les esprits en répondant à la
montée des critiques venant de toutes parts contre ses produits sur le site Dell Hell.net par un « oui » franc et
massif : acceptant les accusations des particuliers et des professionnels,
l'entreprise américaine a ouvert Ideastorm (tempête d'idée), sorte de service
après-vente participatif qui lui vaut désormais un grand respect auprès de ses
concurrents.
Et les particuliers alors ? « L'e-réputation n'est que la somme des informations
réelles qui ont été captées par Internet », résume une spécialiste de la
veille stratégique sur Internet. A chacun donc de ne pas mettre n'importe quoi
sur le web, vérifier les paramètres se sécurité de Facebook pour éviter que
n'importe qui ne trouve votre profil depuis Google (option paramétrée par défaut
!)...
Lundi 20 Octobre 2008 - 09:00
Page d'acceuil
|